La littérature scientifique UX pour les pros

Prôner le lien entre recherche et pratique sur l’expérience utilisateur, c’est aussi se demander quel accès ont les professionnels aux résultats de la recherche scientifique sur l’UX et aux méthodes les plus innovantes développées dans le domaine académique. Découvrez quelques conseils pour sélectionner les ressources scientifiques les plus pertinentes et y accéder gratuitement.

Ce deux dernières semaines, j’ai donné des conférences lors de deux évènements à destination des professionnels de l’UX (Web2day Nantes et FLUPA UX-Day), et j’ai pu constaté avec plaisir un grand intérêt des pros pour les derniers développements de la recherche UX et les méthodes utilisées par les chercheurs. Cependant, dans mes discussions avec les participants reviennent toujours les mêmes problématiques. Les professionnels de l’UX se confrontent à plusieurs obstacles pour avoir accès aux connaissances issues du domaine académique, dont notamment :

  • l’absence d’accès gratuit aux articles de recherche sur les bases de données scientifiques
  • le manque d’articles de vulgarisation sur les recherches en UX
  • le manque de ressources en français
  • la distance apparente entre chercheurs et pros, et la séparation des conférences scientifiques vs. orientées pratique

Ces problèmes sont réels, et je n’ai malheureusement pas de solution clé en main pour les résoudre. Je peux en revanche donner quelques conseils à ceux d’entre vous qui souhaiteraient avoir un meilleur accès à la recherche UX.

Comment accéder gratuitement aux articles de recherche ?

Si le plus simple est d’avoir un bon ami universitaire qui bénéficie d’un accès à toutes les bases de données scientifiques (et si vous en avez un, n’hésitez pas à le solliciter !), il y a des moyens simples d’y accéder par vous même.

Google est votre ami !

Commençons par les banalités : Google est un allié de taille pour trouver des ressources scientifiques, et y accéder gratuitement. Si vous avez repéré sur une base de données un article de recherche, et que son prix exorbitant (souvent autour de 20 ou 30 dollars pour un seul article) vous a rebuté illico : direction votre moteur de recherche préféré ! Tapez-y le titre de l’article, le format suivant étant le plus efficace pour ne tomber que sur des articles scientifiques : Nom auteur, Initiale Prénom auteur. (date) titre. Ajoutez un petit « filetype:pdf » pour éviter de tomber sur des abstracts ou d’être renvoyés sur les bases de données. Les ressources des sites personnels des chercheurs et de leurs réseaux professionnels y sont référencées, et vous trouverez de nombreux articles de cette façon !

Exemple :

  • Si la référence complète est : Lallemand, C., Gronier, G., & Koenig, V. (2015). User experience: A concept without consensus? Exploring practitioners’ perspectives through an international survey. Computers in Human Behavior, 43, 35-48.
  • Vous mettrez dans le moteur de recherche quelque chose comme : Lallemand, C. (2015) User experience: A concept without consensus filetype:pdf

Les réseaux professionnels académiques

Les chercheurs disposent de réseaux professionnels en ligne, similaires à LinkedIn et Viadeo. Ils y renseignent leur profil, des mots clés sur leur discipline et spécialités, et en profitent pour développer leur network. Mais surtout : ils y diffusent leurs travaux de recherche, gratuitement !  Articles de journaux, articles de conférences, posters et autres données scientifiques sont disponibles en ligne et il vous suffira souvent de créer votre profil pour accéder à ces précieuses ressources. Les moteurs de recherche sont performants et vous trouverez votre bonheur en quelques clics avec des mots clés. Les réseaux les plus réputés sont :

Exemple de profil sur ResearchGate

Si l’article qui vous intéresse n’est pas disponible, vous pourrez en faire la requête en un clic et l’auteur vous l’enverra généralement dans les jours qui suivent.

Demander à article en un clic sur ResearchGate

L’adhésion à une association scientifique

Pour 198 $ par an, vous pouvez adhérer en tant que professionnel à l’association scientifique ACM et bénéficier d’un accès illimité à l’ACM digital library comprenant des milliers d’articles de recherche (issus de conférences et de journaux). Vous recevrez également le magazine ACM Interactions, qui présente les travaux de recherche les plus innovants de manière vulgarisée, donc synthétique et d’un vocabulaire accessible. Le groupe d’intérêt spécifique ACM SIGCHI sur les Interactions Homme-Machines est celui qui nous concerne le plus, et il y a également quelques ressources sur leur site.

La voie directe

On y pense rarement car les chercheurs ont l’air inaccessibles, mais il est possible de leur écrire directement pour leur demander le pdf d’un de leur articles. Leurs adresses mails professionnelles sont faciles à trouver sur le site de leur institution, et ils seront en général ravis de partager le fruit de leur travail avec vous. N’hésitez donc pas à leur envoyer un court mail en anglais en disant que vous êtes intéressé par leur article et que vous souhaiteriez le recevoir par mail. La plupart d’entre eux sont aussi sur Twitter. Pour éviter de les déranger au sujet d’une ressource accessible en ligne, vérifiez tout de même d’abord que l’article que vous souhaitez n’est pas accessible par les autres moyens décrits ci-dessus.

Les journaux scientifiques en open access

Certains journaux de très bonne qualité se sont lancés dans l’accès libre. C’est le cas par exemple du International Journal of Design, qui présente régulièrement des travaux inspirants sur l’UX.

Comment sélectionner des ressources de qualité ?

Votre temps est précieux, il faudra donc sélectionner rapidement les ressources les plus pertinentes sur une thématique. Dans le monde académique comme ailleurs, la qualité des travaux est inégale et il n’est pas dans votre intérêt de perdre du temps sur des recherches peu qualitatives. Mais comment distinguer les travaux les plus pertinents ?

Le support de publication

Sachez tout d’abord que dans la recherche en UX, les niveaux de qualité et d’aboutissement des travaux diffèrent selon le support. Grossièrement, on trouve dans l’ordre :

  1. les journaux et revues scientifiques
  2. les articles longs, puis courts dans des conférences internationales
  3. les articles longs, puis courts dans des conférences nationales ou moins prestigieuses
  4. les posters, travaux en cours, format ateliers et sessions doctorales

1) Le saint graal est la publication dans des journaux scientifiques. Les recherches publiées dans ces journaux sont passées en revue pendant des mois (voire des années !) avec un long processus de révision par les pairs (« peer review »), c’est-à-dire que chaque manuscrit est évalué par plusieurs chercheurs et que le tout est chapeauté par des chercheurs seniors reconnus dans leur domaine. Leur qualité scientifique est donc (en général) garantie par ce processus. La revue de littérature présente au début de chaque article est souvent assez exhaustive dans le domaine concerné. Les journaux sont eux-mêmes classés en fonction de leur qualité, avec ce qu’on appelle un score d’impact (Impact Factor) : plus le score est élevé, plus le journal est reconnu dans le domaine. Seul bémol des ressources de journaux : comme le process de review est long, les recherches publiées datent souvent de 2 à 3 ans en moyenne.

2) Après les journaux, viennent les articles (longs puis courts) publiés dans les conférences internationales. Il en existe de très nombreuses et là encore, difficile parfois de faire le tri entre celles qui sont prestigieuses et celles qui le sont moins. Les plus connues de notre domaine UX sont par exemple les conférences CHI, DIS, NordiCHI, Interact, MobileHCI. On juge souvent de la qualité de la conférence au regard du taux d’acceptation des articles : plus il est bas, meilleure est la conférence ! Les travaux présentés sous forme d’articles de conférence ont l’avantage d’être beaucoup plus récents (souvent des travaux effectués l’année précédant la conférence) et moins détaillés (ce qui est un inconvénient pour les chercheurs, mais un avantage pour vous !). Le format est souvent imposé et les articles longs sont bien souvent limités à 10 pages (4-6 pour les articles courts).

3) Les conférences nationales fonctionnent sur le même principe que les conférences internationales, mais sont moins prestigieuses. La qualité des travaux est donc parfois un peu inférieure. L’avantage ici c’est que la plupart des articles sont publiés en français (même si on tend de plus en plus vers l’utilisation de l’anglais dans les conférences nationales aussi). Les conférences francophones publiant des travaux sur l’UX sont les conférences IHM, ErgoIA, EPIQUE, JETCSIC.

4) Les autres supports : posters, travaux en cours, format ateliers et sessions doctorales. Ce sont des sessions spéciales des conférences souvent destinés à présenter des travaux en cours. Les sujets sont donc très récents, mais les recherches souvent non abouties (on y trouve donc surtout l’idée et la méthodologie). Le format est très court, car ce sont surtout des supports de discussion le jour de la conférence. Cela donne des idées, mais difficile d’en tirer des enseignements précis.

Parmi les autres supports non mentionnés, on trouve également les thèses. Leur long format paraît souvent rebutant, mais ce sont des travaux approfondis sur une thématique, et souvent en accès libre. En France, on peut les trouver sur l’annuaire Thèses.fr, qui recense les thèses soutenues et aussi les thèses en cours. Dans les autres pays, leurs auteurs les diffusent souvent via leur université ou site personnel (et la mienne sera bientôt en ligne !)

La popularité

La question de la popularité renvoit à la fois à la popularité de l’équipe de recherche qui a mené les travaux, et la popularité de chaque article. Sur les bases de données scientifiques et sur les réseaux pro académiques (Academia, ResearchGate), vous aurez des infos sur le nombre de téléchargements de chaque ressource et vous pourrez ainsi juger de sa popularité.

De même, un score (dont le calcul est parfois un peu arbitraire) vous permet de juger de la « popularité » de l’auteur des travaux. Ce n’est pas toujours un indicateur très précis, et cela discrimine de très bons chercheurs juniors, mais vous pourrez reconnaître facilement les leaders du domaine. N’hésitez pas également à demander à des contacts académiques le nom de certains chercheurs pertinents et inspirants sur la thématique qui vous intéresse. Cela vous aidera à faire une première sélection ! Je vous publierais prochainement une liste des chercheurs les plus influents sur l’UX, classés par thématique de prédilection.

Mon temps est limité, comment faire ?

Vous allez constater que les recherches sur les bases de données renvoient une multitude de résultats et il est impossible de lire tous les articles sur la thématique qui vous intéresse. Comment savoir si le contenu d’un article vous intéresse ? Comment scanner rapidement ensuite le contenu sans tout lire et éviter les détails méthodologiques ou statistiques qui ne vous intéressent pas ?

Le résumé

Chaque article de recherche contient un résumé (Abstract) accessible gratuitement. D’une longueur de 10-15 lignes, il vous permet de connaitre la thématique de recherche globale, la problématique, la méthodologie utilisée et une description très succinte du ou des principaux résultats.

abstract Lallemand UX
Résumé d’un article de recherche sur la base de données Science Direct

Les nouveautés : research highlights, résumés graphiques ou vidéos

Cela se voit peu, mais le monde académique tente de rendre la sélection d’un article plus rapide et efficace. Car les chercheurs ont les mêmes soucis que vous : ils doivent sélectionner efficacement les articles qu’ils vont lire avant de débuter leurs travaux. Vous pouvez donc profiter de petites nouveautés qui rendent les recherches plus rapides :

  • De plus en plus de journaux demandent à présent aux chercheurs de résumer leur article en 5 bullet points de 80 caractères chacun. Une aubaine pour vous !
  • Il est également proposé aux chercheurs (mais facultatif) de soumettre un résumé graphique de leur recherche, des slides audios commentées, voire même une vidéo synthétique de 30 secondes à 2 minutes. Moins répandu pour le moment mais cela va se généraliser dans l’avenir.
Research Highlights sur la base de données Science Direct
Research Highlights sur la base de données Science Direct

Scanner sans lire : lecture express

Les articles académiques ont tous la même structure. Cela facilite grandement la lecture, si l’on souhaite éviter de lire en détail toutes les pages ! Voici les sections classiques d’un article et leur contenu :

  • abstract : résumé en 10-20 lignes
  • introduction : propos très générique sur la thématique
  • revue de la littérature : synthèse des travaux antérieurs pertinents sur le sujet
  • problématique et hypothèses : description du problème que tente de résoudre l’étude et des hypothèses de travail
  • méthodologie : méthode(s) utilisées pour la collecte des données, description des participants et du protocole, description des outils et des variables
  • analyse des résultats : présentation des résultats bruts (sans discussion) et des analyses statistiques, c’est à dire ce qui a été observé de manière objective
  • discussion / interprétation des résultats : synthèse des résultats les plus importants avec tentatives d’explication et d’interprétation. On y trouve aussi les limites de l’étude.
  • conclusion : synthèse très générique et souvent brève de l’article et ouverture sur des travaux futurs
  • références bibliographiques

Ce qui vous intéresse généralement se trouvera dans la revue de littérature pour savoir qui a fait quoi sur le sujet et qu’est ce que ça a donné. Ensuite par rapport à l’étude particulière que vous lisez, consultez la problématique puis la méthodologie (où vous découvrirez peut être de nouvelles méthodes ou outils utiles !). Vous n’aurez sûrement pas besoin de l’analyse des résultats bruts (qui présentent souvent des statistiques précises et complexes). En revanche, la discussion reprendra chaque résultat important et le remettra en contexte en l’interprétant. C’est une partie clé de votre lecture. Vous y trouverez aussi les limitations, qui sont importantes car elles montrent à quel point les résultats peuvent être considérés comme fiables ou quels biais les ont impactés. Cela vous permet aussi de vous questionner sur le fait que ces résultats sont généralisables / transférables à votre problématique et domaine d’intérêt.

Les ressources de vulgarisation

Certains chercheurs jouent le jeu de la vulgarisation de leurs travaux. Et c’est sûrement le meilleur moyen de faire des ponts entre recherche et pratique. Vous trouverez les articles de vulgarisation sur leurs blogs personnels, ou dans des magazines de vulgarisation. La plus célèbre d’entre elles et la revue Interactions (en anglais) publiée par l’association scientifique ACM. Pour 99 $ par an, vous serez adhérent professionnel et aurez accès à diverses ressources. Pour le double (198 $) vous aurez un accès illimité à l’ACM digital library comprenant des milliers d’articles de recherche. Si vous êtes étudiant, le tarif est beaucoup moins cher (35$ annuel). Le magazine CRISP (Creative Industry Scientific Program) est plus orienté Design et créativité, mais tout aussi intéressant. Chaque numéro est disponible gratuitement en ligne sur Issuu (le dernier par ici : CRISP #4 well-being).

Parmi les ressources web, il y a évident votre blog préféré uxmind.eu ^^ mais également un certain nombre de sites ou blogs anglosaxons. Le site AllaboutUX a par exemple été créé par des chercheurs à destination des pros. Il recense des méthodes d’utilisabilité et d’UX. Malheureusement, il n’est plus mis à jour depuis plusieurs années. Les sites des départements de recherche présentent également des actus et contenus, comme par exemple les sites des célèbres Studio Lab de l’Université de DelftRoyal College of Arts de Londres ou encore le Human-Computer Interaction Institute de la Carnegie Mellon University.

Certains chercheurs écrivent aussi des livres, qui sont généralement de bons compromis entre scientificité et pragmatisme. C’est le cas notamment du très bon livre « Experience Design : Technology for all the right reasons » de Marc Hassenzahl ou du tout récent « Experience Design : concepts and case studies » de Peter Benz. En l’absence de ressources clés en français, j’en profite pour annoncer que je prépare actuellement avec mon co-auteur Guillaume Gronier, un livre sur les méthodes de conception et d’évaluation de l’UX (sortie prévue à la rentrée prochaine !).

Faire de la veille

N’hésitez pas à vous inscrire au flux RSS ou mailing list des revues scientifiques les plus pertinentes à vos yeux, pour recevoir par mail le sommaire de leurs nouveaux numéros. En un coup d’oeil, vous pourrez faire une veille efficace en regardant simplement si l’un des articles vous intéresse. Vous utiliserez ensuite les conseils ci-dessus pour le trouver, et le lire sans perdre trop de temps !

Pour vous aider, voici une liste des revues scientifiques génériques les plus intéressantes de notre domaine :

Et une liste des bases de données les plus pertinentes :

Si vous en avez la possibilité, assistez de temps en temps à des conférences scientifiques. Vous y découvrirez sûrement des choses intéressantes et pourrez étendre votre réseau au-delà du monde professionnel. Pas besoin de traverser des océans pour aller à une conférence internationale : il y a chaque année en Europe des conférences très prestigieuses dans le domaine (ma préférée pour le moment étant NordiCHI). Certaines proposent parfois des panels ou des présentations de cas d’études industriels, ainsi que des sessions de démo !

Journaux de bord UX : une méthode d’évaluation longitudinale

J’insiste souvent dans mes présentations sur la dynamique temporelle de l’UX, qui est trop souvent négligée. Or, prendre en compte cette temporalité de l’UX nécessite des méthodes d’évaluation et de conception adaptées. Les journaux de bord UX permettent cette évaluation de l’UX à travers le temps.

Certaines parts de ce post sont traduites de mon article « Dear Diary: Using Diaries to Study User Experience« , que vous trouverez dans la section Ressources.

Les méthodes d’évaluation longitudinales

Les méthodes d’évaluation dites longitudinales permettent d’évaluer l’UX à travers le temps, de la manière la plus riche possible. Elles consistent en une évaluation répétée de l’UX auprès même groupe d’utilisateurs sur une longue période de temps. Elles permettent ainsi d’évaluer les changements de l’UX à travers le temps. Selon la méthode utilisée, elles permettent de recueillir des données qualitatives et/ou quantitatives. Elles ont pour avantage de donner des résultats très riches et précis. La contrepartie est que les méthodes longitudinales demandent un important investissement de temps et de ressources, c’est pourquoi on leur préfère souvent des méthodes moins contraignantes (telles que les méthodes retrospectives). De même, il faut veiller à garder la motivation des participants élevée durant la période de l’étude.

Les journaux de bord UX

Tenir un journal n’est pas qu’un passe-temps d’adolescents essayant de donner un sens à la vie et à l’amour. Dans le domaine des Interactions Homme-Machine (IHM), les journaux de bord sont une méthode qualitative de collecte de données sur ce que les utilisateurs ont fait ou ont ressenti. Tout comme un journal de voyage contient des descriptions des expériences du voyageur, un journal UX va recueillir des descriptions des expériences d’un utilisateur avec un produit ou un système.

Sur quoi un journal de bord UX peut-il nous renseigner ? Selon le type de journal de bord que vous concevez, vous pourrez recueillir de l’information sur l’impression globale d’un système, la fréquence d’usage de fonctionnalités, l’acceptation technologique, les émotions associées à la réalisation d’une tâche, ou encore la facilité d’apprentissage d’une application. Bien sûr, vous pourriez aussi recueillir ce type d’information avec un questionnaire, un entretien ou un test utilisateurs. Mais seules les méthodes longitudinales vous donneront accès à une information temporelle collectée dans un contexte d’interaction naturel.

Avantages

Etudier la dynamique temporelle de l’UX : avec un journal de bord vous pouvez collecter des données sur les différentes périodes de l’UX. Ainsi, la première saisie du journal peut-être remplie avant l’usage pour évaluer « l’UX anticipée » (celle que l’on imagine). Puis, l’utilisateur va remplir chaque jour le journal, donnant ainsi des informations sur « l’UX momentanée » (celle que l’on vit). A la fin de la période d’étude, la dernière évaluation permet d’évaluer « l’UX épisodique » (celle dont on se souvient), voire « l’UX cumulée » (dont on se souvient après de multiples périodes d’usage).

mobile UX contexte
Evaluation en contexte naturel

Collecter des évènements et expériences en contexte naturel : le contexte d’usage est l’un des facteurs impactant l’UX d’un système ou d’un produit. Ainsi, lors d’un test utilisateur ou d’un entretien, la présence de l’expérimentateur peut biaiser les résultats. Qui n’a jamais vu un utilisateur évaluer un produit comme très positif alors qu’il a échoué à réaliser la plupart des scénarios de test ? En tant que professionnels, nous voulons capturer l’UX « réelle » et non celle qui est influencée par un environnement contrôlé. La diffusion des technologies mobiles accentue encore ce phénomène. C’est là l’un des avantages des journaux de bord car ils se focalisent sur la description d’évènements et expériences dans leur contexte naturel.

Déterminer les antécédents, corrélats et conséquences des expériences quotidiennes : comme nous l’avons déjà souligné, il y a plusieurs périodes d’UX, qui s’influencent mutuellement. Ainsi, l’UX momentanée va être influencée par l’UX anticipée (qui crée des attentes à satisfaire). Puis, l’UX momentanée va être « déformée » par le filtre des processus cognitifs (notamment la mémoire) pour devenir l’UX épisodique et cumulative. Les attentes de l’utilisateur, son humeur ou encore le contexte d’usage sont autant de dimensions qui peuvent influencer l’UX au quotidien. Un journal de bord capture ces influences, en éclairant sur la façon dont l’UX s’est formée et à évoluer à un moment donné. Il vous permettra ainsi de détecter si la mauvaise humeur de l’utilisateur ou la critique de la marque à la télé ont impacté son évaluation de l’interface. Vous pourrez également découvrir que le jeu que vous évaluez produit des émotions bien plus positives lorsque l’utilisateur interagit avec des amis, alors même que cette fonction avait été négligée dans la conception.

Limites

Rien n’est parfait ! Comme pour toute méthode, vous devrez considérer les avantages et inconvénients des journaux de bord UX avant de vous lancer dans une telle étude. Les principaux inconvénients de cette méthode sont le temps et le coût liés :

  • au recrutement des participants : la qualité des résultats dépend beaucoup des participants, puisque le journal de bord est limité à la capacité d’expression des utilisateurs. C’est particulièrement vrai dans les études comprenant de nombreuses questions ouvertes. Vous devrez atteindre un niveau d’engagement élevé de vos participants pour obtenir des données suffisantes et fiables.
  • aux sessions de briefing : une étude par journal de bord nécessite souvent des séances de briefing détaillé pour s’assurer que les participants comprennent bien ce qui doit être rapporté, comment et quand.
  • à l’analyse des données : analyser des données longitudinales prend du temps, et encore plus dans le cas d’un journal de bord en version papier.

Concevoir un journal de bord UX


Choisir un protocole et un rythme d’évaluation
: Il existe 3 types de protocoles pour un journal de bord, basés sur la façon dont on sollicite l’utilisateur.

  • par intervalle : les utilisateurs doivent évaluer leur expérience à des intervalles réguliers et prédéterminés (par exemple toutes les 2h ou tous les 2 jours). Cette option est répandue mais les utilisateurs peuvent oublier de compléter le journal, ce qui crée des données manquantes.
  • par signal : on utilise ici un appareil qui signale aux utilisateurs à quel moment il doivent évaluer leur UX en complétant une entrée de journal. Ici, pas de souci d’oubli, mais un coté intrusif de la méthode dans le quotidien.
  • par évènement : les participants doivent évaluer leur UX à chaque fois qu’un évènement particulier survient. Ce protocole est particulièrement utile si vous êtes intéressé par l’analyse d’une expérience induite par certains évènements, tels qu’une erreur système ou une notification.

Le rythme des évaluations doit être déterminé en fonction des besoins de votre recherche. Ne soyez pas trop exigeant sinon votre journal UX deviendra un fardeau pour vos utilisateurs : 2 ou 3 entrées par jour au maximum sur une durée généralement de 2 semaines (si le journal est à remplir chaque jour, ou plus si les entrées sont plus espacées).

Impliquer vos participants : L’un des principaux défis d’une étude par journal de bord est le maintien de l’engagement des participants à un niveau élevé pour garantir la complétion du journal. Vous devez vous assurer que les participants comprennent le type de description et le niveau de détail requis. Au cours de l’étude, vous pouvez rappeler aux participants l’importance de compléter le journal. Une récompense en cash ou un cadeau (ex : possibilité de garder le produit évalué) peuvent être utiles. Attention cependant à ne pas baser la récompense sur la quantité de données recueillies au risque d’être submergé de données non pertinentes !

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Version papier ou électronique ?

Version papier ou version électronique ? Parce que les études UX sont souvent liés à l’utilisation de systèmes interactifs, le choix d’un journal électronique est souvent judicieux. Il simplifie l’analyse des données et permet de combiner des entrées de journal et des logs (ex. date, heure, tâche en cours). Les journaux électroniques permettent aussi plus de créativité : imaginez une étude par messagerie vocale, textos, vidéos ou photos ! Toutefois, essayez d’adapter la méthode aux utilisateurs cibles. Si vous menez une étude avec des personnes âgées, une version papier sera sûrement plus appropriée pour mettre vos participants à l’aise.

Structure du journal : les journaux peuvent avoir un format ouvert (les utilisateurs rapportent leurs expériences avec leurs propres mots) ou au contraire très structuré (avec des questions fermées ou à choix multiples). Pour faire votre choix : avez-vous besoin d’informations précises ou souhaitez-vous encourager une réflexion libre ? On adopte souvent une approche mixte pour combiner données qualitatives et quantitatives. N’oubliez pas d’insérer dans votre journal des consignes claires et de souligner l’importance de rapporter les évènements aussitôt qu’ils surviennent.

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Collecter et analyser les données

Collecter et analyser les données : une fois votre journal conçu, n’oubliez pas de le pré-tester pour être sûr de sa qualité avant de lancer votre étude ! Comme l’engagement des gens diminue rapidement, les participants gardent le journal 2 semaines maximum. Si le journal est électronique, vous pouvez surveiller sa complétion au fur et à mesure. N’hésitez pas à communiquer avec les participants au cours de l’étude pour s’assurer que tout va bien.

A la fin de l’étude, réalisez des entretiens de debriefing avec les participants. C’est l’occasion de leur demander d’expliquer certaines de leurs évaluations. Une bonne compréhension des réponses qualitatives est nécessaire pour interpréter correctement les données. L’analyse des données dépend de la façon dont le journal est structuré. Les données quantitatives peuvent être analysées en utilisant un logiciel d’analyse statistique. Traiter les données qualitatives est plus difficile, mais cela en vaut la peine car cela vous fournira des informations précieuses sur l’expérience subjective !